Le toit de ma chambre venait de se
déchirer et je m’étais redressée d’un bond. Je me suis dit que la toiture était
encore plus pourrie que je le pensais. Mais en baissant les yeux, j’ai vu une
forme sombre bouger faiblement. Je savais que c’était trop gros pour être un
chat alors je me suis rapprochée. La chose par terre a émis un gémissement en essayant
de se relever. La seule lumière qu’il y avait était celle de la pleine lune qui
passait par le trou béant fraîchement découpé du toit. Ce qui m’a permis de
voir l’intrus. La personne – c’était bien une personne – s’était relevée
péniblement et me faisait désormais face.
C’était un garçon. Un jeune garçon. Il était
grand – au moins une tête de plus que moi – et torse nu. Il était légèrement
courbé et quand j’ai baissé les yeux, j’ai vu qu’un liquide foncé passait à
travers ses doigts posés sur ses côtes. Je l’ai regardé. Il avait l’air épuisé.
Il a basculé en avant mais je l’ai rattrapé à temps et l’ai conduit jusqu’à mon
lit en le soutenant. J’avais mon bras autour de sa taille et j’ai senti quelque
chose me caresser. Quelque chose de doux. J’ai allongé le blessé sur mon lit,
une armature en métal rouillée et deux matelas aussi moisis l’un que l’autre.
Il a fermé les yeux. Je pensais qu’il avait peut être vraiment mal. Et c’est là
que j’ai vu la chose qui avait caressé mon bras. Les choses. Au début, j’ai cru que j’avais mal vu ; il faisait
noir, c’était tard, etc. mais elles ont bougées ! Le garçon qui venait de
traverser mon toit avait des ailes.
Oui, vous avez bien lu : des
ailes. Des ailes aussi noires que les ténèbres, avec de vraies plumes ! Je
n’arrivais pas à détacher mes yeux et je crois bien que j’avais même la bouche
ouverte. Enfin, au bout d’un moment mon regard est retombé sur sa blessure.
Beaucoup de sang avait coulé et imbibait déjà le haut de son jeans. J’ai essayé
de le soigner tant bien que mal dans la pénombre avec la trousse de secours que
les nonnes m’avaient autorisée à garder. Enfin, j’ai seulement désinfecté la
plaie que j’ai recouverte avec une compresse.
J’ai observé son visage ; il
semblait endormi. Je me suis alors approchée de ses ailes. Croyez-moi, je l’ai
vit regretté : alors que mes doigts effleuraient une plume, il s’est
redressé d’un bond en m’attrapant le poignet. Il serrait si fort que
j’avais l’impression qu’on me brûlait au fer rouge.
_ Aïe ! Tu me fais mal, me suis-je
exclamée.
Il avait cette étrange lueur
bestiale dans les yeux qui était là depuis le début. Je l’ai regardé et,
quelques secondes après, cette lueur a changée. Elle s’est adoucie, en même
temps que ses doigts ont relâché leur prise. Il a soupiré de douleur en fermant
les yeux et s’est rallongé.
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