2ème extrait : "Chapitre 1".


            Le toit de ma chambre venait de se déchirer et je m’étais redressée d’un bond. Je me suis dit que la toiture était encore plus pourrie que je le pensais. Mais en baissant les yeux, j’ai vu une forme sombre bouger faiblement. Je savais que c’était trop gros pour être un chat alors je me suis rapprochée. La chose par terre a émis un gémissement en essayant de se relever. La seule lumière qu’il y avait était celle de la pleine lune qui passait par le trou béant fraîchement découpé du toit. Ce qui m’a permis de voir l’intrus. La personne – c’était bien une personne – s’était relevée péniblement et me faisait désormais face.
             C’était un garçon. Un jeune garçon. Il était grand – au moins une tête de plus que moi – et torse nu. Il était légèrement courbé et quand j’ai baissé les yeux, j’ai vu qu’un liquide foncé passait à travers ses doigts posés sur ses côtes. Je l’ai regardé. Il avait l’air épuisé. Il a basculé en avant mais je l’ai rattrapé à temps et l’ai conduit jusqu’à mon lit en le soutenant. J’avais mon bras autour de sa taille et j’ai senti quelque chose me caresser. Quelque chose de doux. J’ai allongé le blessé sur mon lit, une armature en métal rouillée et deux matelas aussi moisis l’un que l’autre. Il a fermé les yeux. Je pensais qu’il avait peut être vraiment mal. Et c’est là que j’ai vu la chose qui avait caressé mon bras. Les choses. Au début, j’ai cru que j’avais mal vu ; il faisait noir, c’était tard, etc. mais elles ont bougées ! Le garçon qui venait de traverser mon toit avait des ailes.
            Oui, vous avez bien lu : des ailes. Des ailes aussi noires que les ténèbres, avec de vraies plumes ! Je n’arrivais pas à détacher mes yeux et je crois bien que j’avais même la bouche ouverte. Enfin, au bout d’un moment mon regard est retombé sur sa blessure. Beaucoup de sang avait coulé et imbibait déjà le haut de son jeans. J’ai essayé de le soigner tant bien que mal dans la pénombre avec la trousse de secours que les nonnes m’avaient autorisée à garder. Enfin, j’ai seulement désinfecté la plaie que j’ai recouverte avec une compresse.

            J’ai observé son visage ; il semblait endormi. Je me suis alors approchée de ses ailes. Croyez-moi, je l’ai vit regretté : alors que mes doigts effleuraient une plume, il s’est redressé d’un bond en m’attrapant le poignet. Il serrait si fort que j’avais l’impression qu’on me brûlait au fer rouge.

            _ Aïe ! Tu me fais mal, me suis-je exclamée.

            Il avait cette étrange lueur bestiale dans les yeux qui était là depuis le début. Je l’ai regardé et, quelques secondes après, cette lueur a changée. Elle s’est adoucie, en même temps que ses doigts ont relâché leur prise. Il a soupiré de douleur en fermant les yeux et s’est rallongé.


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